[TRIBUNE] Existe-t-il une égalité face au voyage?

La terre a certes des frontières, mais les rêves, eux, ne devraient pas en avoir. Douce utopie d’évasion, au détour de nos quotidiens, souvent trop routiniers, voire moroses, pour nous partir loin est, en réalité, la plus belle des échappatoires. Néanmoins, cette chance n’est pas celle de tous. Elle n’est pas celle de celui qui ne détient pas le bon passeport. À qui la faute ? Nul ne le sait vraiment. À l’ère où les frontières n’ont jamais été aussi faciles à traverser pour les uns, il semblerait pourtant qu’elles demeurent impossibles à franchir pour d’autres.

La frontière, ou l’affront de la « liberté » ?

 

Frontière. Un mot qui n’a de sens face à une réalité traduite par le seul fait, pour certains, de changer de pays. Que serait le monde sans frontières ? L’anarchie ? La paix ? La fin des guerres ? La résurgence des conflits ? Difficile à dire. Et si cette démarcation physique n’avait plus de sens dans l’imaginaire des hommes ? À l’heure où le voyage n’a jamais été aussi simple, pour quelle raison l’égalité face au voyage n’est pas acquise ?

Outre les questions pécuniaires qui rentrent en jeu, et dont il faut faire abstraction, il convient de s’intéresser aux inégalités de fait. Celles-ci sont responsables des discriminations à l’égard de certaines nationalités, qui, n’ont pas la possibilité de circuler comme bon leur semble. Certains invoqueront la souveraineté, d’autres invoqueront un bât qui blesse la liberté de circuler, pourtant consacrée dans de nombreux textes internationaux parmi lequel figure l’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Là où une jeunesse peut s’offrir les portes du paradis aux quatre coins du monde, il semblerait que pour d’autres, le rêve s’arrête soudainement aux portes des pays où ils souhaitent se rendre, même parfois pour des raisons de survie. Un comble. Sésame qui ouvre les frontières, le passeport est un mal nécessaire. En vertu du droit international, les États souverains sont égaux. Dans les faits, ce ne sont que les nationaux de pays occidentaux qui peuvent dignement profiter

n’ont aucune difficulté pour voyager. Un Colombien ne pourra pas se rendre aisément en France à titre d’exemple. À l’inverse, le Français n’aura aucune difficulté. Dans un contexte où le voyage n’a jamais été aussi facile, paradoxalement, certaines nationalités sous prétexte de ne pas avoir les bons passeports se retrouvent ainsi le nez aux murs de nos frontières.

Le voyage ? Un privilège d’Occidentaux ?

Un malaise. Toujours. Lors de rencontres dans certains pays du monde, les locaux, sont charmés par notre visite. À leur tour, ils n’hésitent pas à dire que leur rêve à eux aussi serait de « voir la Tour Eiffel, le musée du Louvres, découvrir New York », et bien d’autres endroits encore, tellement la liste de leurs rêves n’est pas exhaustive.

Imaginez alors la gêne de se dire que « Moi, Française, je peux voyager où bon me semble à quelques exceptions près ». À ce malaise se conjugue de la frustration pour les personnes qui n’ont pas la même chance que nous. Le voyage implique aussi une part d’incertitude, de chance, comme la loterie. Routard dans l’âme, je suis consciente que j’y ai gagné, tandis que d’autres attendent patiemment leur ticket gagnant pour s’envoler vers d’autres horizons.

Avoir la chance de voyager pour prétendument « s’ouvrir au monde », comporte une part de néocolonialisme. En venant d’Occident, nous pouvons faire ce que nous voulons. Voyager comme bon nous semble, voire s’expatrier assez facilement ailleurs, parfois sans considération aucune pour la culture. Mais telle n’est pas la question. Il s’agit plus de voir si nous sommes capables d’être conscient de la chance que nous avons. Nous ne sommes pas tous égaux face au voyage, cela va de soit.

Au cours de nombreux périples aux quatre coins de la planète, une pensée vient sans cesse me traverser l’esprit. Celle qui me fait dire que mon passeport est la clé qui m’ouvre les portes d’un rêve jamais inachevé, celui de l’aventure et de l’évasion… À une ère où l’interaction entre les peuples n’a jamais été aussi aisée, il est choquant de constater que tout individu vivant sur cette planète ne peut avoir la chance que j’ai. Ce fossé qui tend à se creuser n’est pas uniquement lié au voyage, mais à la question de liberté, tout simplement.

Conclusion

Alain Borer, poète et voyageur avait coutume de dire : « De tous les livres, celui que je préfère est mon passeport, unique in octavo qui ouvre les frontières ». À cela, j’ai envie d’affirmer à mon tour qu’il s’agit de mon ouvrage favori car il continue de me permettre le luxe de me balader dans de lointaines contrées. Néanmoins, ce petit livre n’a malheureusement pas la même valeur aux yeux des douaniers. Est alors venu le temps de se conscientiser à ce propos. Avant que la liberté ne soit réduite à une peau de chagrin et cesser de concevoir le voyage comme l’unique privilège d’une caste.

 

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