[TRIBUNE ] Il est temps de sauver Bali

Article publié par Nomade Magazine

Bali. L’appel de ce nom sonne comme l’ultime conquête de l’exotisme. Synonyme d’une utopie oubliée, le rêve balinais est forgé par la pureté de l’océan Indien, la jungle luxuriante, les rizières par milliers, la beauté des temples hindouistes et le son de la musique traditionnelle. C’est simple, sur l’île des Dieux, tout n’est que beauté, ce qui appelle à une certaine fascination de ses visiteurs. Mais aujourd’hui, plus que jamais, Bali est saturée. Son trop grand développement menace la culture balinaise, la biodiversité et aussi sa population locale. En dépit de tout ça, une question demeure : est-il possible de sauver le rêve balinais?

 

Bali, du « tourisme culturel » au tourisme de masse

L’idée d’écrire cet article va au-delà de l’amour porté pour Bali. Cette île regorge de beauté et sa culture si riche m’a enchantée dès mon premier jour. Les sourires et la joie de vivre des Balinais conquièrent le cœur des voyageurs, des nomades, des âmes en peine, des gens perdus, de tout le monde en soi. L’hospitalité qui nous est offerte fait oublier notre « chez nous ». Tous ces détails sont tant de choses qui rendent un voyage à Bali inoubliable. C’est une île enchanteresse avec un semblant de « je-ne-sais-quoi ». C’est un rêve, une échappée belle sans retour. On entend souvent ça lorsque on parle du « Bali d’il y a quarante ans ». C’était bien avant le développement du tourisme de masse. C’était la Belle Époque, celle de la doctrine du « tourisme culturel » établie par William A Hanna dans son fameux livre « Bali in the seventies ».

Déjà au cours des années 1970, Hanna s’inquiétait du sort qui serait réservé à l’île des Dieux. En avance sur son temps, il avait vu juste. Le « tourisme culturel » s’est empressé de se transformer en tourisme de masse pour le plus grand plaisir des grandes firmes hôtelières et au plus grand dam des habitants. Les trop grandes constructions de « resorts », la dénaturation des paysages, les pénuries d’eau dans les villages ou les rizières pour abreuver les milliers de piscines de l’île et la très mauvaise gestion des déchets sont les résultats tant attendus d’un développement certainement trop accru. Dès l’instant qu’un endroit possède une belle vue et un potentiel, les investisseurs s’empressent d’acheter pour construire et, à fortiori, détruire. Tous les plus beaux endroits de l’île sont potentiellement des resorts de luxe en devenir. Les conséquences ? Il y a plus d’offre que de demande! Un comble. Parallèlement, l’accroissement du tourisme est le principal responsable du désastre écologique qu’est en train de vivre Bali…

 

Pollution endémique et surfréquentation

C’est LA conséquence de la trop grande venue de touristes sur l’île. Le constat de la pollution est récurent et, il faut le dire, déçoit les visiteurs. La récente vidéo médiatisée du plongeur britannique Rich Horner a de quoi s’interroger. Parti pour aller voir les raies à Nusa Lembongan, il s’est retrouvé au milieu d’un amas de plastique. Durant la saison des pluies, les plages en sont immaculées. Les déchets mal triés sont un vrai problème pour l’environnement mais également la biodiversité. Une fois le plastique désagrégé, il se transforme en micro particules qui s’accrochent aux algues mangées par les poissons… À cela se conjugue le problème des eaux usées, jetées inconsciemment dans l’océan. L’absence du côté de Kuta et Canggu, une recrudescence de problèmes de peau et d’infections aux oreilles, pose question quant à la qualité de l’eau.

Outre la pollution, l’autre problème est sans nul doute les problèmes de circulation. À l’arrivée à l’aéroport de Denpasar, le monde qui attend pour passer les douanes rend compte de la surfréquentation de Bali. C’est d’autant plus intense avec le trafic. Des heures passées dans un taxi pour faire seulement une trentaine de kilomètres. L’île est engorgée, à bout de souffle. L’absence de transports publics rend difficile la circulation. Le manque d’infrastructures routières dans des zones d’engorgement vers Denpasar et Kuta rend compte du problème démographique auquel est confrontée Bali. Cela illustre le fossé entre le manque de place sur l’île et le nombre trop important de visiteurs.

 

Perte d’authenticité de la culture balinaise

À Bali on a troqué les petits « warungs » (restaurant en indonésien) pour des « healthy food restaurants ». La côte de popularité de ce type d’endroits n’a pas cessé de prendre de l’ampleur sur Bali. Il est alors flagrant et frustrant de constater qu’à Canggu, Ubud ou Uluwatu il est difficilement possible de manger indonésien… Dénué de toute logique, ces restaurants, souvent hors de prix pour les locaux, font concurrence aux petits restaurants balinais peu chers. Les propriétaires sont alors contraints de mettre la clé sous la porte, car en plus de ne plus avoir de clients, davantage attirés par la nourriture « western », ils ne peuvent plus payer leur loyer, voire renouveler leur bail. Le même constat est valable pour les locaux propriétaires de petits homestays où passer la nuit. Plutôt que de rester dans des endroits tenus par des locaux, gage d’une expérience inoubliable, les touristes préfèrent les resorts de luxe qui trop souvent ont été construits en pillant les ressources des locaux comme les rizières. De nombreux paysans ont dû quitter leur habitat et renoncer à leur activité en échange d’un emploi dans un café par exemple. Ce genre de constat fait tache. Il met à mal l’appartenance de Bali aux Balinais.

Si la trop grande invasion d’occidentaux cause bien des désordres et se trouve être symptomatique d’un problème d’authenticité, il en va de même avec la mise en place de tours organisés. L’époque où l’on parlait d’un « tourism for Bali, not Bali for tourism » est désormais réduite à une peau de chagrin. La découverte de la culture balinaise dépend de ces fameux tours, dûment « packagés » pour voir un maximum en un minimum de temps. Entassés dans des bus, les tours operators ne lésinent pas sur les moyens. Outre les fameuses balades à dos d’éléphant (où il convient de dire qu’ils sont voués à un sort pas très enviable), les crémations et danses folkloriques sont, quant à elles, toutes mises en scène. La culture s’est progressivement transformée en marchandise, avec pour triste conséquence le déracinement du patrimoine culturel. Sur le moyen-long terme, une perte partielle sinon totale de la culture balinaise est à craindre.

 

En conclusion…

Oui le tourisme a permis d’offrir une meilleure qualité de vie aux Balinais. Mais il a également contribué à la lente extinction de leur identité. Bali est-elle encore Bali? Il convient de se poser la question. Pollution endémique, absence ou lente prise de conscience à ce propos, constructions à tout va… si rien n’est fait, les futures générations de Balinais paieront le lourd tribut d’un tourisme effréné et irreponsable. L’île des Dieux est désormais passée au rang de paradis en sursis. Pour éviter qu’il ne devienne paradis perdu puis paradis oublié, il est du devoir de tous d’agir. Car il est temps de sauver Bali.

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