[TRIBUNE] Le jour où j’ai touché le ciel

Il était une fois, la montagne, ma montagne. Sans être totalement rébarbative, il est vrai que la vie commence réellement en dehors de sa zone de confort. Passionnée d’escalade, j’ai très vite compris que si je voulais vivre au-dessus des nuages, je devais me lancer de nouveaux défis. Toujours plus hauts, toujours plus beaux, toujours plus intenses. C’est dans cet esprit que le dernier m’a permis de flatter le ciel, comme jamais je ne l’aurais imaginé.

L’escalade, ce n’est pas seulement un sport c’est ce qui permet de vivre des instants que nul autre ne peut avoir la chance de vivre s’il ne se dépasse pas. C’est la fureur de vivre dans l’instant présent, en toutes circonstances, quitte à prendre des risques et se faire peur pour la bonne cause.

L’espoir fait vivre et bien davantage lorsqu’on a pour seul objectif d’arriver au sommet d’une voie ou montagne. Comme ce jour-là. Ce jour où j’ai décidé de partir à la conquête de l’aiguillette d’Argentière en second de cordée, pour mieux admirer la carte postale qu’il y avait devant moi. Lancée dans une voie d’une difficulté intermédiaire, il fallait grimper. Regarder vers le haut, coûte que coûte pour admirer cette vue imprenable sur la chaîne de montagnes enneigée. Petit à petit, avec toute la précision du monde, mes mains sur les prises de départ, j’étais parée pour l’aventure. Je commençais à grimper avec parcimonie et concentration. Je n’avais qu’un but, arriver au sommet de cette aiguille, sans m’arrêter et sans rechigner. Une véritable méditation.

 

Cette voie d’escalade était introduite par une belle fissure, des jeux de balances et d’équilibres. J’ai poursuivi ma lancée par un peu de dalle, un surplomb puis une autre dalle. Je finis par poser mon genou à terre, puis le second pour enfin me redresser et me mettre complètement debout. J’étais au sommet. À mesure que je me levais, je n’avais de cesse de contempler ce paysage, que je n’oublierai jamais. Les yeux rivés vers le bas, puis en l’air, je me suis décidée à regarder derrière. Le meilleur était à venir. Je me suis retournée afin d’admirer la grandeur de la nature. Les Drus et le Mont Blanc enneigés se tenaient derrière moi. Les nuages défilaient à toute allure, le ciel était bleu et les boisés en dessous, d’un vert foncé contrastant parfaitement avec les autres couleurs. Pouvoir contempler un tel spectacle était une récompense. Malgré de précédentes réalisations en escalade avec d’autres paysages aussi sublimes les uns que les autres, il faut bien avouer que j’avais rarement vu et surtout vécu pareille sensation. Un enchantement et un aboutissement comme l’on en connaît trop peu. Un véritable sentiment qui emplit de bonheur et de satisfaction. Avoir la chance de le vivre fait comprendre à quel point, aller toujours plus haut pour contempler la nature est synonyme de béatitude.

 

Ce petit accomplissement était plus qu’un but, c’était un dessein. Celui d’avoir tutoyé d’aussi proche les plus belles montagnes d’Europe. C’est comme si j’avais touché le ciel, tout simplement.

 

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