[TRIBUNE] Alep, un nouveau Srebrenica

« Plus jamais ça ». Ces mots tant répétés, résonnent comme le glas marquant la fin d’un conflit armé. Prononcés après la première et la deuxième guerre mondiale, ils ont été également signifiants après le massacre de Srebrenica en Bosnie-Herzégovine. Et pourtant, aujourd’hui, Alep est en train de tomber aux mains des forces de Bachar al-Assad soutenues par la Russie, l’Iran et le Hezbollah. Et comme lors du massacre de Srebrenica, la communauté internationale assiste, impuissante, à l’assassinat collectif de milliers d’Aleppins.

 

À la suite du génocide le plus meurtrier en Europe après la seconde guerre mondiale, la communauté internationale pensait sincèrement en être venue à bout des atrocités commises à l’encontre des civils. Pour en revenir aux faits, c’est dans l’indifférence générale, que 8000 civils bosniaques musulmans avaient été tués en l’espace de trois jours, en juillet 1995. Aujourd’hui encore, le procès du responsable du massacre, Ratko Mladić est en cours au Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, à La Haye. Que justice soit rendue.

Mais pourquoi un tel saut dans le temps ? Celui-ci est plus que jamais nécessaire, devoir de mémoire oblige, mais aussi parce qu’Alep et Srebrenica ont deux points communs. Le premier concerne l’intensité avec laquelle une population, majoritairement civile, est décimée. Le second, et non des moindres, est l’impuissance avec laquelle la communauté internationale semble réagir, ou ne pas réagir.

 

Exactions commises sur fond d’inconscience collective

 

2011-2016. Cinq années. Presque une demi-décennie pour que la communauté internationale parvienne à enfin se réveiller sur le conflit syrien, qui ne paraissait être au départ, qu’une banale révolte populaire. Début 2011, le « printemps arabe » a le vent en poupe. Un peuple était dans la rue, pacifique, appelant à une simple réaffirmation des libertés individuelles. En vain. Cet élan populaire a été réprimé dans le sang par le gouvernement syrien, et n’a depuis, jamais cessé.

 

Alep, siège de la rébellion syrienne a tenté de ne pas tomber. Elle a même fait reculer les djihadistes de l’État islamique. C’est dire. Ces derniers mois, cette ville syrienne est pourtant le théâtre de combats où hommes, femmes et enfants perdent la vie chaque jour qui passe, et ce, dans l’indifférence générale. Ces innocents tués au nom d’un combat contre les rebelles du régime, ne sont qu’une excuse pour justifier la force et la violence du président syrien et de son homologue russe. Car évidemment, lutter contre du soi-disant terrorisme par du terrorisme d’État a et aura toujours son gage de légitimité. À bon entendeur.

Le poids du silence et le déni auxquels les victimes doivent faire face, pèsent et s’alourdissent à mesure que le temps passe. Cette impassibilité de la communauté internationale est insoutenable, nous met hors de nous. Nous ne pouvons ainsi pas dire que nous ne savions pas. Car nous savions et ce silence, notre silence et notre inaction sont plus que jamais coupables. Nos gouvernements n’ont pas le courage de se prononcer, nous ne l’avons jamais eu non plus. Or, un soulèvement populaire, des actes de militantisme favoriserait, à terme, une prise de position de nos gouvernements, de l’UE et pourquoi pas, de la communauté internationale. La guerre au Vietnam a montré ses lettres de noblesses, à ce qu’est le soulèvement populaire et l’importance d’une opinion publique. Alors, pourquoi ne pas s’y mettre ?

 

L’ONU bloquée encore et toujours

 

Notre silence se conjugue aussi à l’immobilisme des institutions internationales. Diplomates aguerris et fins connaisseurs des problématiques de sécurité internationale devraient se dire qu’un tel massacre ne devrait pas avoir lieu. En dépit des nombreuses prises de position de l’ONU, aucun consensus, aucune solution n’a été trouvée pour mettre un terme au conflit syrien. Or, la nécessaire impérativité de protéger les civils au nom de la responsabilité de protéger pour des raisons humanitaires, (« Responsability to protect »), n’a pas encore été enclenchée. Faute d’avoir un système onusien viable.

En effet, la Charte des Nations Unies, a le pouvoir de mettre un terme à ce qui semble être probablement le conflit le plus meurtrier que le monde aie connu depuis la seconde guerre mondiale. Mais le pouvoir de la Russie, bien représenté par son droit de véto au Conseil de sécurité, sape tous les efforts de paix tant désirée et a fortiori, la protection impérieuse des civils menacés de morts chaque jour. On y retrouve une similarité avec Srebrenica. Lors de la commission de ce génocide en 1995, les casques bleus étaient présents. Impuissants, ils n’ont rien pu faire. Si le contexte est différent pour Alep, car aucune force onusienne n’est présente, il reflète toutefois une chose : l’inexorable faiblesse de l’ONU à protéger les civils dans un contexte de conflit armé.

 

Mais blâmer cette institution est trop facile. Elle a tenté, à plusieurs reprises d’instaurer des trêves. La dernière résolution appelant à un cessez-le-feu s’est vue déclinée par le droit de véto de la Chine et de la Russie, membres permanents du Conseil de sécurité. Encore une fois. Depuis lors, les combats continuent de faire rage et rien ne semble possible pour venir en aide aux milliers d’innocents, aux prises avec une violence quotidienne insoutenable. Pas même l’établissement d’un corridor humanitaire pour les aider à sortir, pas même des secours pour les aider, pas même des médecins pour les soigner, pas même du ravitaillement pour les aider à survivre. Un déni humanitaire à grande échelle, causé par la Syrie et la Russie et encouragé par le mutisme de nos démocraties occidentales. Ce silence, notre silence signifie-t-il une acceptation tacite de ce massacre ?

Alors pour Alep, pour les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité qui y sont commis, n’oublions jamais. Ce martyre est un drame contemporain en train de bousculer notre monde vers l’abîme. Au nom de la paix, au nom de l’humanité, au nom des hommes, des femmes et enfants victimes d’un régime sanguinaire, manifestons notre colère, notre désaccord avec cette géopolitique meurtrière qui fauche des vies et détruit l’espoir de vivre dans un monde meilleur. Alep, nous ne te t’oublierons pas et nous devons ne jamais t’oublier.

 

 

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