[ARTICLE] Français et Québécois : pareils, pas pareils?

Graphisme et dessin  : Cécilia Foissard

Ah ces maudits français ! On les aime un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, ou pas du tout. Première communauté immigrante au Québec, ils donnent du fil à retordre à leurs amis Québécois. Appréciés ou détestés, de nombreuses raisons montrent bel et bien que la culture diffère autant qu’elle rassemble. Mais en quoi sont-ils si dissemblables de leurs cousins ?

  • Les Sacres versus les jurons français

Les fameux sacres québécois. Ils sont et font le charme et la beauté de la langue française. Nés au milieu du XIXe siècle, ils font allusion au faste et rites liturgiques chrétiens. Ainsi, pour exprimer n’importe quelle émotion, le Québécois va utiliser des termes tels que calice, ciboire, tabernacle, hostie, Christ… Là où le bât blesse pour les Français, c’est lorsque ces mots sont prononcés d’une manière différente de ce qu’ils pensent. Le cas le plus célèbre est sans nul doute le fameux « tabernacle », qui fait bien rire les Québécois. Mais après quelques mois, voire quelques années d’intégration au Québec, il n’est pas rare de voir des Français arrêter leurs jurons au profit des sacres. « Je ne les ai pas encore pris. J’ai des potes français qui les ont vraiment pognés [sic] », expose Emmanuel Grangé, « pvtiste ».

 

  • La Drague dans les bars, véritable source de divergences

Le Français est plus entreprenant que le Québécois avec la gent féminine. Si ce dernier aime se laisser désirer en attendant que ça se passe, le bon franchouillard va, à l’inverse, être plus rentre-dedans. En soirée, si une fille lui plaît, il ne tournera pas autour du pot. Intrépide, il va faire le premier pas auprès des filles et obtenir de l’attention, grâce à ces mots magiques qui font frémir toutes les femmes de ce monde : « Est-ce que je peut t’offrir un verre ? ». N’en déplaise aux Français, c’est l’exact inverse qui se produit au Québec. Si un garçon leur plaît, les Québécoises le montreront ostensiblement.

  • L’Humour

Les Français et Québécois n’échauffent pas leurs zygomatiques de la même manière. Les Français sont assez friands du second degré, de l’humour noir, de l’ironie et du sarcasme, ce qui n’est d’ailleurs pas toujours apprécié des Québécois. « Je suis quelqu’un de très second degré […]. Quand tu uses de ton ironie, ils ont un petit temps de réflexion », constate Yann. Ceux-ci préfèrent en effet l’humour spontané, taquin et franc. La dérision et l’autodérision constituent les bases de la plupart des farces à la québécoise.

  • Le tutoiement

En France, le tutoiement n’a de sens que si l’interlocuteur est une personne proche, un ami, ou encore un enfant. Au Québec, le tutoiement est plus commun. Il est très couramment utilisé. Il s’agit juste d’une manière de s’adresser à autrui. Emmanuel Grenié, le « pvtiste » aux douanes. « Je suis arrivé à la douane et le douanier m’a tutoyé. J’ai trouvé ca bizarre mais après quelques jours tu le prends. Je n’ai pas été frileux par rapport à ça. Je l’ai même très bien accueilli », explique-t-il.

  • Les soirées arrosées

En soirée, les boissons alcoolisées ont leur rituel de partage en France où chaque invité apporte des victuailles à l’intention de tous. Chacun a le loisir de se servir. Si ça semble logique en France, il en va différemment de l’autre côté de l’Atlantique. Lors des petites soirées entre amis, le partage est de mise mais lors de grosses soirées, chacun a son propre alcool. Des Français ont un petit choc la première fois qu’ils vont à une soirée surtout s’ils sont pris en flagrant délit en train de prendre une bière dans le 6 packs du voisin. Emmanuel a été témoin d’une situation similaire : « J’ai un pote qui s’est fait engueuler car il a trouvé une bouteille de vodka, il a fait des shooters […]. Il s’est fait réprimandé ». À l’inverse, il y a le Français qui invite tout le monde sans exception. Lors de sa pendaison de crémaillère, Yann Berhault, arrivé en 2012, avait préparé un buffet pour tous ses convives et ses amis québécois se trouvaient gênés. « Les gens étaient choqués et à chaque fois ils demandaient si c’était vraiment pour tout le monde ou que pour certaines personnes », explique-t-il.

 

  • Le Québécois arrondit les angles, le Français râle

Pour régler un quelconque problème, le Québécois va dire les choses d’une manière diplomate, essayer de trouver une solution. Le Français, à l’inverse, va râler. Véritable sport national des tricolores, râler est plus qu’un état d’esprit, c’est culturel. Les Français se plaignent parce que la facture est trop élevée, parce qu’il faut donner du pourboire, parce qu’il pleut, parce qu’il neige, parce qu’il fait froid, parce qu’il est fatigué, parce qu’il a trop de travail, parce qu’il y a trop de monde, parce qu’il est pas content tout simplement, au grand désarroi des Québécois…

 

  • La bise

Les Québécois sont davantage habitués à serrer la main pour se présenter ou encore saluer quelqu’un. Au Québec, la bise se fait entre amis proches ou encore avec des membres de la famille… Il n’en va pas de même en France ou tout le monde se fait la bise, et ce, même si la personne vient de s’être présentée. Si cette différence culturelle paraît insignifiante, elle donne pourtant lieu à des comiques de situations d’une drôlerie sans pareille. Des Français peu renseignés sur cette différence culturelle, pourtant majeure, peuvent être surpris. « Nous on fait tout le temps à bise. Tu fais la bise quand tu vas te coucher, le lendemain matin… ».

 

  • Les anglicismes ? Qui a raison ? Qui a tort ?

Il s’agit là, d’une question difficile. Le Québec a adopté la loi 101, qui prône l’unilinguisme, notamment dans le cadre d’affichages à usage publicitaire et commercial. De fait, la langue de Molière au sein de la Belle-Province, est d’une importance majeure. La plus célèbre traduction, fruit de cette législation, est sans nul doute le « joyeux festin » du MacDonald’s. Néanmoins, les Québécois redoublent d’imagination pour calquer en français des mots ou expressions anglaises. Les cas de « prendre une marche », ou encore « downloader » sont à cet égard, révélateurs. Mais blâmer les Québécois serait trop facile. Les Français utilisent énormément d’anglicismes parmi lesquels figurent « weekend », « pull-over » ou encore « shopping ».

 

  • Le poids des mots

Certains mots veulent ont une signification bien différente du Québec à la France. Un exemple relativement courant concerne les repas. Au Québec il s’agit du déjeuner, du dîner et du souper tandis qu’en France les repas se déclinent en petit-déjeuner, déjeuner, dîner. Si cette différence semble insignifiante, elle peut pourtant être une véritable source de quiproquos. Loïc de Fabritus, Français installé depuis peu au Québec a vécu cette incompréhension. « Quand on te dit on se retrouve pour dîner. Toi tu es un Français tu penses que ca veut dire on va manger le soir ensemble quelque part au restaurant […]. Il ne faut pas le comprendre comme une date mais juste comme un lunch entre collègues ».

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