[RÉCIT] Escapades en terres islandaises

Il est de ceux qui aiment marcher, randonner, camper, s’aventurer, s’évader. Et il y a ceux qui aiment l’Islande. Cette petite île perdue au milieu de nulle part, entourée de l’Atlantique, à de quoi séduire. Une géologie extraordinaire, une terre qui crépite, qui bouge, qui fume, des paysages surréalistes qui feraient pâlir tous les artistes de ce monde. De quoi rendre béat le commun des mortels. Pas un jour ne passe sans que l’on se pose cette question : Sommes-nous sur une autre planète ? Vraiment. La beauté de ce petit territoire insulaire est grandiose, surprenante et mystérieuse. Y aller est la meilleure excuse pour en prendre plein les yeux.

Depuis quelques temps, un trek reconnu comme étant l’un des « 20 Best Hikes in the world » par le National Geographic, enchante autant qu’il impressionne. Une partie dans les montagnes, perdues dans les plaines islandaises, d’innombrables gués à traverser dans une eau glaciale ainsi qu’une marche à couper le souffle entre les glaciers de Mýrdalsjökull et Eyjafjallajökull. Il est probablement l’une des plus belles merveilles que l’Islande puisse offrir. En cinq jours de marche, la diversité des paysages donne l’aperçu d’une Islande sauvage, inexplorée et enivrante.

IMG_2108

Landmannalaugar

Tout commence à Landmannalaugar, même s’il est possible de commencer par Thorsmörk, à l’opposé. À chacun son trek. Pour se rendre à Landmannalaugar, la meilleure des solutions est d’y aller en quatre roues motrices. Des bus nous y amènent, mais leur fréquence est telle qu’il ne faut pas toujours compter là-dessus. Pour ma part, j’ai fait du stop et un guide français nous a ramassé avec un couple d’Allemands. Bilan : plusieurs bosses sur la tête. Nous étions ballotés de virages en virages, de dunes en dunes. Le trajet sur cette route boiteuse, boueuse et sinueuse a duré pas moins d’une heure. Ça secoue un tantinet, mais le jeu en vaut la chandelle.

Arrivés à destination, des bains chauds attendent les marcheurs qui s’y pressent. L’idéal pour commencer la marche de douze kilomètres jusqu’au premier refuge. Après un bon bain, nous entamons les premiers douze kilomètres pour se rendre à Hrafntinnusker. Il est déjà 16h30 et nous espérons arriver au refuge avant la tombée de la nuit. Deux heures plus tard, c’est chose faite. Un gardien fort sympathique accueille les marcheurs. Vêtu d’une laine typique islandaise, armé d’une guitare et sourire au coin des lèvres, il passe son été perché dans les montagnes. Durant la soirée, il interpelle les randonneurs désirant voir les fameuses aurores boréales. Une chance inespérée à ce temps-ci de la saison (C’était la fin de l’été). Chanceux, nous en avons aperçu quelques timides bribes. Mais la chance profite aux audacieux : il faut redoubler de patience pour apercevoir une ribambelle de lumières vertes danser au-dessus de nos têtes.

IMG_2187

Après une bonne nuit de sommeil, il faut repartir. La deuxième journée fait une douzaine de kilomètres également pour se rendre à Álftavatn, où se situe le deuxième refuge. Le troisième jour commence à être plus imposant avec un parcours d’Álftavatn à Thorsmörk s’étalant sur 30 kilomètres avec un dénivelé négatif de 340 mètres. La marche était longue mais avait le mérite de ne pas trop monter. En revanche, la partie que nous redoutions est la dernière. De Thorsmörk pour arriver à Skogafoss. Cette ultime partie, réputée être la plus difficile est faite pour les plus téméraires. Et pour cause : elle fait 33 km dont une dizaine de montée intense. Le reste est de la descente mais les genoux en prennent un coup, même avec les sacs quasiment vides.

IMG_2150

Préparés psychologiquement pour entamer ce périple infernal, nous étions décidés à la faire, malgré les difficultés qu’elle comporte. Réveil à 5h30. La journée promet d’être longue et pleine de défis. Petit-déjeuner copieux composé de céréales, de fruits, d’un café et le tour est joué. Nous avons levé l’ancre sur les coups de 6h30. Pour commencer à se dégourdir les jambes, rien de tel qu’une petite montée très à pic, et ce, dès le début de la marche. De quoi donner un « bref » aperçu de ce qui attend les randonneurs en quête de sensations. Le paysage est cependant à couper le souffle.

Une heure et demie après le départ, le panorama sur les hauteurs montagneuses commence à valoir son pesant d’or. Mais arrivés en haut : le drame. Une bruine commence à tomber. Nous décidons de poursuivre le chemin malgré tout. À ce moment là, l’horloge affichait 9h. Deux choix s’offraient à nous. Un retour sur nos pas ou la poursuite de notre balade. Nous avons opté pour la seconde option. Un leurre. La pluie s’abattait de plus belle, nous étions trempés, la visibilité était mauvaise, les conditions terribles. Pour rien n’améliorer à notre sort, c’était physiquement éprouvant. Nous n’étions pas les seuls dans cette galère. Un couple nous suivait de près. Quelques kilomètres au pas de course, nous avons aperçu un refuge pour nous abriter quelques temps. Nous y sommes restés dix minutes, le temps que la tempête cesse, en vain. Nous sommes repartis malgré les intempéries, affronter cette nature impitoyable. Fatigués, les jambes lourdes et trempés, nous avions déjà parcouru une quinzaine de kilomètres. Nous arrivions sur le fameux tracé entre deux glaciers dont l’un abrite le fameux volcan Eyjafjallajökull, qui a causé bien des désordres pour le trafic aérien en 2010.

IMG_2149

Ce chemin est supposé être le plus beau, a-t-on dit. On y a vu que du brouillard et du blizzard. Je peinais à voir mon coéquipier à peine quelques mètres devant moi. Il était même difficile de trouver les balises qui traçaient le chemin. Je n’étais pas franchement sereine. Je pensais au pire, à chaque seconde qui s’écoulait. En fait, de toute ma vie je n’ai jamais eu aussi peur. Mon camarade m’a même avoué par la suite que lui même avait eu l’une des peurs de sa vie. Rassurant. Après quelques kilomètres de galères intenses au milieu de nulle part, on a finalement réussi à sortir du glacier et a fortiori, de ce pétrin. Le chemin se poursuivait sur des chemins de terres, plus accessibles et plus visibles. Mais la pluie continuait de s’abattre sur nous.

Il restait une dizaine de kilomètres, tout au plus. Des indications apparaissaient à chaque kilomètre parcouru. Nous marchions au pas de course. Je me souviens même avoir dévoré une barre énergisante sous la pluie, à moitié en train de courir entre les rochers. L’eau ruisselait dans ma bouche et se mélangeait avec mon en-cas. Mais je sentais que nous étions sur la fin. À mesure que nous avancions, des panneaux indiquaient le nombre de kilomètres restants à parcourir pour ma plus grande joie. Mais cela demeurait interminable. Je n’avais marché aussi vite de ma vie. 5 kilomètres, puis 3, puis 2 et enfin nous arrivions à Skógafoss sur les coups de 15 heures environ. Trempés, mouillés jusqu’aux os mais heureux d’en avoir fini. J’en ai pleuré. L’émotion était à son apogée, beaucoup trop forte pour retenir mes larmes. Je venais probablement de vivre la journée la plus difficile de ma vie. Sans peine et sans relâche nous y étions parvenus. Il restait désormais à trouver une voiture pour nous rendre à Vík.

En faisant du pouce, un couple de quinquagénaires américains nous ont gentiment amenés jusqu’à notre hôtel. Exténués la fin de la journée s’est résumée en une douche chaude d’une heure suivi d’une douche chaude. J’étais néanmoins prête pour d’autres aventures, à condition de me laisser quelques jours de répit.

IMG_2132

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s